Polémique entre Brazzaville et la Fondation Mandela. Cette dernière reproche au président Denis Sassou Nguesso d'avoir laissé croire que l'avant-propos de son dernier ouvrage avait été écrit à cet effet par Nelson Mandela. Le texte date en fait de 1996.

En parcourant les premières pages de Parler vrai pour l'Afrique, le livre-programme publié par Denis Sassou Nguesso peu avant l'élection présidentielle du 12 juillet – scrutin qui s'est soldé par sa réélection - les lecteurs ont eu la surprise de découvrir un avant-propos signé par… Nelson Mandela. Surprise car tout, a priori, oppose le combattant de la liberté au potentat africain. Et pourtant, les lecteurs peuvent lire: "Dans la personne du président Denis Sassou Nguesso, je reconnais un homme qui est non seulement l'un de nos grands leaders africains mais aussi quelqu'un qui a donné son soutien inconditionnel à notre combat pour la liberté, qui a travaillé inlassablement pour libérer les oppressés de leurs chaînes et les a aidé à retrouver leur dignité et l'espoir", suivi de "Nelson Mandela, 91 ans". Un joli coup de pub pour restaurer l'image du président, juste avant des élections dont l'opposition a dénoncé les fraudes et l'absence de transparence. Interrogé par Le Parisien en juillet à ce sujet - "'C'est un des grands dirigeants de l'Afrique', dit de vous Nelson Mandela en avant-propos de votre livre" – l'intéressé avait répondu: "Si Nelson Mandela porte un tel jugement, c'est que je pense modestement que mon pays et ses dirigeants ont joué le rôle qui est connu en Afrique, et particulièrement en Afrique australe, pour la fin de l'apartheid". Sans autre détail.

Sur internet – notamment sur les sites d'actualité africains – l'affaire a fait grand bruit. Mais elle n'est arrivée aux oreilles de la Fondation Nelson-Mandela qu'en octobre, quand le livre de Denis Sassou Nguesso a été traduit en anglais (Straight Speaking for Africa). La réaction ne s'est pas fait attendre. "Nelson Mandela n'a ni lu le livre, ni écrit une préface pour cela. Nous condamnons cet abus effronté de l'usage du nom de M. Mandela", a dénoncé son responsable intérimaire, Harris Verne, dans un communiqué. Et d'aller plus loin: "C'est scandaleux le nom de Mandela est souvent détourné à des fins politiques et commerciales, mais cette fois-ci, en affirmant qu'il apporte son soutien à quelqu'un comme Denis Sassou Nguesso, un dictateur dont les élections sont régulièrement truquées et boycottées par l'opposition, est encore beaucoup plus préjudiciable", avant de préciser que l'ONG envisageait de porter plainte.

"L'autorisation a été obtenue par le sang"

Des propos qui ne sont pas passés inaperçus à Brazzaville. Car si Nelson Mandela n'a pas écrit ce texte dans le but d'en faire l'avant-propos du livre de Denis Sassou Nguesso, il a bel et bien tenu ces propos à l'égard du président congolais. Pas en 2009, mais dans les années 1990. "J'ai vu le livre et je peux vous dire que la citation est vraie. Elle n'a pas été détournée. Ce sont des faits historiques qui ne peuvent pas être discutés", explique ainsi l'ambassadeur d'Afrique du Sud à Brazzaville Welsh Makanda, dans les colonnes de la presse sud-africaine, précisant que les propos de la Fondation avaient mis l'Afrique du Sud dans "l'embarras".

L'homme rappelle qu'autrefois, les deux hommes entretenaient de bonnes relations, notamment en raison du soutien du Congo Brazzaville dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. C'est aussi ce que rappelle Brazzaville. "L'autorisation [de publier ce texte, ndlr] a été obtenue par le sang que les Congolais ont versé pour la libération de Nelson Mandela lorsqu'il était en prison et traité de terroriste", a ainsi estimé le ministre d'Etat Alain Akoualla, selon des propos rapportés par France 24. Mais à l'époque des propos de Mandela, Denis Sassou Nguesso n'était plus à la tête de son pays et n'avait pas encore repris le pouvoir par la force. Ce qu'il fera en 1997. Depuis, les choses ont donc changé.

Sur son site internet, la Fondation a tenté de calmer le jeu dimanche. Son président, Achmat Dangor, précise que ce texte est extrait d'un discours tenu par Nelson Mandela il y a treize ans – en 1996, donc – lors d'un dîner au Cap. En revanche, ni le leader anti-apartheid ni la Fondation n'ont donné leur accord pour que ce texte soit utilisé comme préface. Achmat Dangor précise qu'en raison du nombre de demandes reçues – et parce que cela suppose qu'il ait lu les livres et qu'il en approuve leur contenu -, Nelson Mandela a arrêté "depuis un moment" d'écrire des avant-propos. Si la requête de Denis Sassou Nguesso a bien été soumise à la Fondation, précise-t-il encore, elle a été déclinée. Les émissaires du président congolais ont été informés de ce refus. Ceux-ci ont alors demandé l'autorisation de citer Nelson Mandela, la Fondation a donné son accord à condition qu'il ne s'agisse pas d'un avant-propos, précise-t-il encore. Rejetant la faute sur ces "émissaires", qui n'auraient pas correctement transmis l'information au président congolais, la Fondation ajoute qu'elle ne "remet pas en cause ni l'intégrité ni l'estime du président Sassou Nguesso". Difficile exercice d'équilibre diplomatique qui consiste à rétablir la vérité sans froisser l'ancien pays allié. Le principal intéressé, lui, n'a pas réagi. Polémique ou pas, Denis Sassou Nguesso a été réélu pour sept ans.

Marianne Enault - leJDD.fr

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Sénégal: affrontements entre étudiants  et forces de l'ordre à Dakar

Des affrontements opposaient mercredi sur le campus de l'université publique à Dakar les forces de l'ordre à des étudiants protestant contre la mort la veille d'un des leurs lors de la dispersion d'un rassemblement de l'opposition par la police, a constaté un journaliste de l'AFP.

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Les incidents ont éclaté lorsqu'un groupe d'étudiants de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) a voulu sortir du campus pour aller assister dans un hôpital voisin à la levée du corps du manifestant tué, étudiant en Lettres modernes.

Il est décédé des suites de ses blessures après avoir été renversé par un véhicule lors de la dispersion du rassemblement des opposants à la candidature du chef de l'Etat sénégalais Abdoulaye Wade à la présidentielle de février.

Les affrontements, jets de pierres contre gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc, se poursuivaient dans l'après-midi.

Quelques dizaines de policiers déployés à deux sorties du campus de l'université tentaient de disperser de petits groupes d'étudiants qui les harcelaient de pierres à partir de bâtiments du campus.

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