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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /2009 10:36

Un historien russe et un ancien officier du KGB affirment que l’ancien président du CIO avait été recruté par l’agence soviétique à la fin des années 1970. Avec des effets qui perdurent.

Bakchich vous propose une traduction d’un article du journaliste allemand Jens Weinreich, l’un des meilleurs spécialistes européens des dérives de l’olympisme, publié par le site Playthegame.org le 16 novembre 2009, sous le titre : « un nouveau livre révèle les liens de Samaranch avec le KGB ».

Le Président Honoraire du Comité International Olympique Juan Antonio Samaranch a-t-il été un agent du KGB ? C’est une des questions les plus intrigantes de l’univers olympique contemporain. De plus, la réponse à cette question est susceptible de fournir des réponses à bien d’autres questions tout aussi importantes : par exemple, comment le site russe de Sochi est-il parvenu à décrocher les Jeux Olympiques d’Hiver en 2014 ? Quel rôle Samaranch, président du Comité International Olympique de 1980 à 2001 et Vladimir Poutine, ex-agent du KGB, ont-ils joué dans la victoire très controversée de Sochi il y a 2 ans ? Le KGB et son successeur le FSB continuent-ils dans l’ombre à façonner l’histoire de l’olympisme ?

L’historien russe Yuri Felshtinsky et l’ex-lieutenant colonel du KGB Vladimir Popov affirment que Samaranch a été recruté par le KGB dès la fin des années 70. Juan Antonio Samaranch, chaud partisan du dictateur fasciste Franco qui en fit son ministre des Sports, a été nommé ambassadeur d’Espagne en Union Soviétique en 1977. A l’époque, il était vice-président du Comité International Olympique et chef du protocole.

« Samaranch a manifesté un vif intérêt pour l’histoire et la culture russes. Il est devenu un amateur éclairé d’antiquités russes qu’il collectionnait avec passion et expédiait chez lui en Espagne bien que de telles pratiques fussent prohibées par l’Union Soviétique » affirme Felshtinsky dans son précédent ouvrage [1].

Compromission ou coopération

«  Sous l’ère soviétique, toutes les antiquités étaient sous le contrôle du KGB. L’ambassadeur Samaranch, acheteur fréquent de pièces rares n’a donc pas manqué d’attirer son attention. Au bout d’un moment, un agent de la 2ème Direction du KGB qui contrôlait notamment l’ambassade d’Espagne, a pris contact avec Samaranch et lui a gentiment expliqué que ses actes, qualifiés de contrebande par la loi soviétique, pouvaient lui valoir une condamnation pénale. On lui mit donc le marché en mains : soit il serait compromis au moyen d’articles dans la presse russe et étrangère dénonçant ses activités et le contraignant à mettre un terme à sa carrière diplomatique, soit il coopérait et devenait agent du KGB. Samaranch opta pour la seconde solution » affirme Felshtinsky qui ajoute qu’en contrepartie, le KGB lui aurait promis de l’aider à devenir Président du Comité International Olympique.

Ce qui est certain, c’est que Victor Chebrikov, alors n°2 du KGB et qui en deviendra le patron un peu plus tard, a produit de nombreux messages chiffrés à l’attention de ses correspondants du bloc soviétique, leur enjoignant de soutenir la candidature de Samaranch de toutes les manières possibles.

Le résultat de cette coopération fut la victoire de Samaranch et « son action loyale durant des années au service du pays avec lequel il entretenait des relations au titre de ses fonctions d’agent et auquel il témoignait sa gratitude pour l’avoir aidé à obtenir un poste international de premier plan » dixit Feshtinsky.

Feshtinsky et Popov ont maintenu leurs affirmations dans leur récent ouvrage [2] publié en Russie il y a quelques semaines. Pour la première fois, Vladimir Popov, la source interne du KGB dans l’ouvrage de 2008, a décidé de révéler son identité. Au sein du KGB, le Lieutenant Colonel Popov était chargé du traitement de plusieurs centaines d’agents liés au sport. Samaranch n’était que l’un d’entre eux désigné sous le nom de « Général du Sport Soviétique ». « En s’identifiant, Popov a accru sa crédibilité » affirme Feshtinsky qui réside à Boston. « Il connaît le nom de tous les espions sportifs, tous leurs noms de code et ceux qui les ont recrutés. C’est une source très fiable avec des arguments de poids » ajoute-t-il.

Officiellement, l’accès aux dossiers du KGB est interdit en Russie. Par contre les archives d’autres pays de l’ex-bloc soviétique peuvent être consultées, telles celles de la Stasi en ex-Allemagne de l’Est. C’est un fait historique avéré que le KGB et la Stasi ont élaboré un plan commun pour noyauter le mouvement olympique et le mener dans « la direction appropriée ».

Les informations fournies par les auteurs Feshtinsky et Popov sont recoupées par des révélations intervenues ces dernières années, bien que Mark Adams, directeur de la communication du Comité International Olympique ait fait savoir que leurs affirmations n’étaient que « pure spéculation » et que Monsieur Samaranch ne souhaitait pas les commenter.

Moscou, 1980

Il faut tout de même se souvenir que son élection est intervenue en 1980 à l’aube des Jeux de Moscou qui avaient été boycottés par la plupart des pays occidentaux.

De plus, de tous temps, l’élection au CIO a toujours fait l’objet de rumeurs de corruption. Des personnalités douteuses comme André Guelfi, ex-agent secret et allié de longue date de Samaranch ayant joué un rôle non négligeable dans le scandale de l’affaire Elf Aquitaine, ont toujours affirmé avoir influencé l’élection de 1980.

En juillet 1980, Guelfi et Horst Dassler qui était alors le patron d’Adidas avant de fonder ISL son département de « politique sportive », soutenaient fermement Samaranch. Plus d’une fois Guelfi s’est répandu en affirmations sur le thème « nous avons réussi ».

L’un des membres influents de ce groupe était Jean-Marie Weber qui passera plus tard à la postérité pour son rôle dans, l’affaire ISL, le plus grand scandale de corruption de tous les temps, en payant au moins 138 millions de francs suisses de pots de vin à des personnalités de premier plan du monde olympique et sportif.

Pour obtenir le succès de Samaranch, Dassler et Guelfi auraient demandé, outre l’aide du KGB, celui de Vitaly Smirnov, membre russe du CIO. Feshtinsky affirme d’ailleurs que Samaranch n’était pas le seul agent olympique du KGB ; il en désigne d’autres : les membres du CIO Vitaly Smirnov et Shamil Tarpichev par exemple ; mais aussi Viacheslav Koloskov, membre de longue date du Comité Exécutif de la FIFA, ou encore l’actuel président du Comité Olympique russe, Leonid Tyagachev…

L’auteur va même plus loin en désignant les agents recruteurs des espions olympiques russes et en fournissant leurs noms de code : par exemple Leonid Tyagachev a été recruté par le major du KGB Smaznov dénommée « Elbrouz » en référence à la plus haute montagne du Caucase. Sans doute parce que Tyagachev est un ancien skieur spécialiste de la descente et un ex-moniteur de ski. Et c’est loin d’être de l’histoire ancienne : en juillet 2007 lors de la session du CIO tenue au Guatemala, Tyagachev, en serviteur attentionné de Vladimir Poutine, à joué un rôle décisif dans l’obtention des jeux d’hiver en 2014.

"Achetable"

Mais revenons à Moscou le 16 juillet 1980 : le complot du KGB se développe comme prévu. Juan Antonio Samaranch succède à l’irlandais Lord Killanin avec 44 voix contre 21 au Suisse Marc Holder, 7 au canadien James Worall et 5 au malheureux allemand Willi Daume. Pour éviter le ridicule, le néo-zélandais Lance Cross a retiré sa candidature à la dernière minute.

Un an plus tard, lors du Congrès olympique de Baden Baden en 1981, Michael Killanin critiquera le procédé à haute voix : « je pense sincèrement que le poste de président du Comité International Olympique ne devrait pas être achetable mais ouvert à quiconque peut y consacrer le temps nécessaire. J’ai connaissance de rumeurs persistantes concernant des personnes qui tentent d’obtenir des postes contre des faveurs, voire même qui payent les déplacements des électeurs… Je vous garantis que si ces faits s’amplifient, ils affecteront à jamais la crédibilité des dirigeants sportifs. Ce qui compte c’est que soit élue la personne la plus compétente pour le poste. Son indépendance doit d’abord être une indépendance d’esprit et non pas une indépendance financière… ».

Yuri Felshtinsky ne s’attend pas à ce que le CIO déclenche des enquêtes sur ce sujet sensible : « Ils veulent garder l’affaire sous le tapis ». Il ne s’attend pas non plus à un commentaire de la part du FSB qui a remplacé le KGB. « ce n’est qu’une affaire de contrôle des dommages collatéraux » affirme-t-il. « car ils savent très exactement ce que Popov connaît ».

Source : Bakchich
http://www.bakchich.info/Samaranch-de-bosser-pour-le-KGB,09373.html

Par Geoffray - Publié dans : L'actualité Internationnale
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