Il n'est point de bonheur sans liberté ni de liberté sans courage








LIVRE « Le destin d’Aminata » (1), roman de Florence Lina Mouissou
Quatre ans après sa première tentative plus ou moins réussie avec «Le plus vieux métier du monde » (2), Florence Lina Mouissou vient de nous produire un nouveau roman, « Le destin
d’Aminata ».
Livre écrit dans un style simple et agréable et qui peut se lire d’un trait, ce roman nous dévoile une histoire qui, une fois de plus, est sous la direction d’une héroïne. Née en France, Aminata se retrouve bloquée à Dakar où son père trouve la mort pendant que la famille s’y trouve en vacances. Ce malheur va pousser sa mère à rester au pays pour
élever sa progéniture. Aminata, fille unique de la famille avec plusieurs frères, est alors âgée de quatre ans.
A dix ans, marquée par l’illusion que lui procure les media occidentaux, elle rêve repartir dans son pays natal dans l’espoir de rencontrer un amant blanc ; et cela, pour vivre le romantisme que
lui déverse le septième art.
A quinze ans, elle regagne enfin la France grâce à un mariage arrangé. Commencent alors ses mésaventures car mariée maintenant à un polygame. Ne pouvant plus supporter l’enfer conjugal provoqué
par la cohabitation avec son mari et l’autre coépouse, Aminata décide de fuguer, aidée par sa cousine Mariam qui vit à Paris depuis belle lurette. Et l’héroïne de chercher le romantisme en se
donnant sexuellement aux hommes blancs avant de comprendre qu’à trente ans, elle se fait « vieille demoiselle ». Et quand sa cousine lui conseille d’abandonner cette vie de débauche et d’attendre
le véritable amour qui ferait d’elle une femme responsable, elle se donne à la prière, lit le Coran car elle a suivi entre temps des cours de français.
Croyant que son « manque de chaleur » en amour serait lié à son excision, cause éventuelle de ses malheurs, elle se fait un vide en elle en préférant la compagnie des oiseaux et en discutant avec
les femmes âgées des environs.
Celles-ci lui apprennent beaucoup de choses de la vie. Elle se crée un état psychologique qui inquiète sa cousine qui s’adresse à un hôpital psychiatrique où elle va suivre des soins anti
dépressifs. Guérie de sa solitude, elle décide de refaire sa vie à cause de l’âge qui avance. Elle rencontre par le Net un Antillais qui ne fait pas son bonheur. Le jour de ses trente ans, elle
ne peut avoir sommeil, torturée par une grande dépression.
Voulant atteindre l’inconscience en ingurgitant des somnifères et médicaments hypnotiques et voulant prendre de l’air, elle se retrouve dans le coma, abandonnée en pleine ville. Elle est sauvée
de justesse par un médecin français qui va par la suite, s’intéressera à elle pour faire son bonheur, un bonheur tant souhaité aux côtés d’un homme blanc.
L’Afrique en France : l’interférence des cultures L’Afrique en France, c’est Abdoulaye qui pratique la polygamie malgré les lois du pays qui l’interdisent.
S’y confrontent en lui sa culture et celle du pays hôte. Il a décidé de faire venir une deuxième femme du Sénégal pour se faire respecter en tant qu’homme.
Tout parait centré sur sa sexualité qui ne doit pas souffrir d’aucun manquement, et du pouvoir et de l’autorité qu’il exerce sur ses deux épouses : « le
pouvoir et l’autorité qu’il exerçait sur ses épouses le motivait bien davantage : se faire dorloter, choyer, servir, câliner par plusieurs femmes était extraordinaire pour un homme qui se
respecte » (p. 16). L’Afrique reste encore diluée dans le Noir malgré le temps passé en France, et le personnage de Mariam en est un bel exemple.
Cette femme qui se dit intégrée après plusieurs décennies en France, instruite et cultivée, croit paradoxalement au charlatanisme des marabouts.
C’est elle qui va encourager Aminata de solutionner ses difficultés conjugales avec l’aide d’un marabout : «J’ai une copine qui a réussi à écarter sa
coépouse du foyer conjugal. Grâce au marabout, elle est toute seule avec son mari… » (p.19).
L’interférence des cultures se voit aussi à travers l’héroïne qui, pourtant africaine, veut vivre paradoxalement l’amour comme la Blanche. Elle fait la symbiose des deux cultures au niveau de
l’amour.
De l’égoïsme libidinal d’Abdoulaye, elle découvre les sentiments romantiques chez Marc. Si Abdoulaye est « un pervers insatiable qui ne penserait à rien
d’autre qu’à sa propre libido » (p.4), Marc, quant à lui, est un homme poli « capable de dormir à 80 centimètres
d’elle dans un autre lit sans tenter de la toucher » (p.97).
Aminata ou le sexe enragé Comme l’héroïne du premier roman de l’auteure, Aminata se voit transportée par l’idéel de l’amour sexuel. A dix ans, elle rêve
déjà de repartir en France dans l’espoir d’avoir un « petit copain » blanc pour vivre le romantisme que lui déversent les images cinématographiques.
Avec Abdoulaye, elle va de la haine à l’amour car à un certain moment dans son découragement sentimental devant cet homme polygame, elle est rappelée à l’ordre ; « le mariage d’abord, l’amour
après ».
Et c’est la haine transformée en amour qui lui donne l’idée de penser à faire du mal à sa coépouse : « Elle repassait dans sa mémoire toutes les solutions
qu’elle connaissait pour éliminer sa rivale Fatou » (p.26). Mais, c’est après avoir fui le domicile conjugal, en complicité avec sa cousine qu’Aminata va
s’éclater sexuellement.
Elle va, tour à tour, tomber dans les bras de Paul, Philippe (p.57). Arrivent ensuite d’autres amants tels Dominique, Samuel, Jean Pierre, Romaric, Stève, Joël, tous des Blancs. Puis d’autres
hommes : le Togolais Alex et l’Antillais Mathieu.
Cette rage sexuelle qui boue en elle, monte d’un cran quand elle fait la connaissance d’une certaine Nadine. Elles vont mener une vie de débauche à Paris : « Elles fumaient de l’herbe (…), elles rencontraient des hommes, couchaient avec ceux qui leur plaisaient et participaient à des partouses gigantesques » (p.44).
Mais grâce à sa cousine, elle se ressaisit quand cette dernière va la réprimander : « Arrête un peu avec cette vie de Marie-couche-toi-là (…) Mets de
l’ordre dans ta vie » (p.45). A partir de ce moment, avec l’âge, Aminata change de comportement. Elle s’adonne à la prière, lit le Coran avant de trouver
le véritable amour en la personne du docteur Marc qui lui a sauvé la vie d’une façon rocambolesque. Et son désir de connaitre un amour romantique par le biais d’un Blanc, se concrétise avec Marc
qui va l’épouser.
La part du cinéma dans « Le destin d’Aminata » Le trajet événementiel de ce roman avance par encrage de deux niveaux diégétiques comme dans un film qui
commence par un « morceau » de la fin de l’histoire racontée.
Dans l’incipit, Aminata est présentée déjà grande et mariée à Paris. Toujours dans ces premières lignes du récit, l’héroïne se présente comme « balayée » par un zoom de caméra qui insiste sur son
corps où se reflète déjà son attitude : « Dès l’aube, de son grand lit vide, Aminata entendit les coqs chanter dans le lointain.
Elle était endormie, et son esprit était encore emboué » (p ; 7). Aussi, quand la quatrième de couverture du roman nous révèle que l’auteure a des
connaissances sur le septième art, nous ne sommes pas surpris que l’univers de certains classiques nous reviennent à travers le destin de l’héroïne. Son enfance a été marquée par la série
américaine Dallas (p.11) ; Et quand elle veut faire mal à sa coépouse Fatou, c’est le fil conducteur de Colombo qui lui revient à l’esprit (p.26).
C’est aussi à travers le cinéma qu’elle connaitra un pan des sentiments amoureux (p.64). Ecrit dans une langue simple et respectant le linéaire du récit classique, ce livre se lit comme les
romans des « Aventure & Passions » des Collections « J’ai lu pour elle » www.jailu.com. Car les sentiments d’Aminata
créent dans le texte l’émotion idyllique que le récit dégage à travers les multiples partenaires de l’héroïne.
A travers une histoire banale sur fond de turbulence sentimentale, se révèlent certains problèmes comme l’interférence des cultures. « Le destin d’Aminata », un livre qui peut se définir plus ou
moins comme la suite du « Plus vieux métier du monde » où l’image du sexe est toujours présente en l’héroïne.
Noël KODIA (essayiste et critique littéraire) Notes (1) Florence Lina, « Le
destin d’Aminata », Editions l’Harmattan, 2009 (2) Florence Lina Bamona Mouissou, « Le plus vieux métier du monde », Editions. Bénévent, 2005.
par Noël KODIA
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