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Le 12 juillet est la date de l’élection présidentielle au Congo. Mais, au fur et à mesure que
cette date approche, certains habitants de Brazzaville, la capitale, quittent la ville, redoutant de graves violences liées à ce scrutin où 13 candidats sont en lice.
Mathias Dzon, un candidat de l’opposition au scrutin, a déclaré à IPS, samedi dernier à Brazzaville : «Cette élection nous prépare droit à l’affrontement».
«On le sait tous, de nombreuses personnes quittent la ville pour se réfugier dans les villages», a affirmé l’avocat Roger Kinga, la semaine dernière.
«Depuis quelques semaines, nous transportons des passagers avec beaucoup de bagages, redoutant une guerre à Brazzaville», témoigne Jules Ngambou, 25 ans environ, contrôleur de bus assurant la
liaison entre Brazzaville et Owando, dans le nord de ce pays d’Afrique centrale.
«Dès la fermeture de l’école, j’enverrai ma famille à Pointe-Noire (sud-ouest) où la situation est d’habitude calme. Brazzaville ne rassure pas», indique à IPS, Samuel Moundanga, un fonctionnaire
congolais.
Ces bruits sont persistants à Brazzaville. Dans les buvettes et les restaurants, on ne parle que de cette menace de la paix. «Tout est possible avec nos hommes politiques qui font feu de tout
bois et jouent en même temps les sapeurs pompiers», s'inquiète Moundanga.
«J'ai reçu des mamans angoissées, me demandant si elles allaient encore repartir dans les forêts pour fuir la guerre», témoigne à la presse, Adélaïde Mondele Ngollo, ministre des Petites et
moyennes entreprises.
Des femmes congolaises, réunies du 10 au 11 juin à Brazzaville pour parler de la paix, se sont engagées, dans une déclaration, à empêcher «les fauteurs de troubles qui se sont déjà constitués en
bandes armées, excités par certains politiciens qui leur proposent quelques billets de banque et n’attendent que le moment pour agir».
Elles n'ont pas nommé ces hommes politiques qu’elles qualifient d’«entrepreneurs d’insécurité», mais recommandent que les épouses des candidats à cette élection travaillent activement pour la
paix.
De son côté, pour sécuriser l’élection, le gouvernement a décidé mardi de déployer 20.000 agents de sécurité dans tout le pays, tandis que le siège de l'administration électorale est gardé par
des policiers fortement armés.
La situation de tension est due, selon plusieurs analystes, au manque de dialogue entre pouvoir et opposition dans l’organisation de l’élection.
"Ce climat de terreur est dû au fait que ceux qui sont au pouvoir s'y accrochent en organisant des élections non consensuelles, et l'opposition, qui veut accéder à ce même pouvoir, utilise tous
les moyens...", a souligné mardi à IPS, Christian Mounzéo, président de la Rencontre pour la paix et les droits de l'homme, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Pointe-Noire, la
capitale économique du pays.
«Le gouvernement a confisqué le processus. Faisant tout à son initiative, il devient juge et partie, frustrant les autres acteurs politiques», affirme à IPS, Roger Bouka Owoko, directeur exécutif
de l’Observatoire congolais des droits de l’Homme, une ONG basée à Brazzaville.
L’opposition, qui réclame une élection libre et transparente, accuse le gouvernement de fraudes massives en vue de la réélection de Denis Sassou Nguesso, le président sortant.
D’après les opposants, le pouvoir en gonflant le fichier électoral, s'est fait une réserve de 500.000 voix au compte de Sassou Nguesso. «Tout cela au moyen d’un découpage électoral subjectif.
Comment accepter que la commune de Nkayi au sud, avec près de 100.000 habitants, n’ait qu’une circonscription, alors qu’Ollombo, au nord, avec moins de 10.000 habitants, en a deux?», demande
Bouka Owoko.
Ainsi, l’opposition appelle les populations à «barrer la route» à une élection traficotée. «J’appelle les jeunes à un sursaut national. Ne prenez pas les armes, mais nous devons tout faire pour
arrêter ce système», lance le général retraité Emmanuel Ngouelondele, opposant et ancien chef de sécurité de Sassou Nguesso.
«Sans nous, Sassou n’ira pas seul à cette élection. Nous avons notre stratégie que nous n’allons pas dévoiler, mais vous verrez bien le moment venu», prévient Ange Edouard Poungui dont la
candidature a été rejetée pour irrégularité. Il ajoute à IPS : «Au lieu de fuir la ville, ces gens devraient rester ici pour qu’on obtienne ensemble une élection démocratique. En tout cas, s’il y
aura la guerre, ce n’est pas du fait de l’opposition».
Dzon est plus explicite : «Comme il (Sassou Nguesso) ne fait qu’à sa tête, nous empêcherons ce vote. On pourra, par exemple, empêcher le déploiement du matériel électoral». Dzon a toujours accusé
l’actuel président de préparer une guerre en achetant les armes. «S’il est pour la paix qu’il prêche partout, pourquoi achète-t-il des armes?", s’interroge-t-il devant la population de Mouyondzi,
(sud-ouest du pays), le 8 juin.
En janvier dernier, des partis de l’opposition avaient dénoncé l’achat «continu» des armes par le gouvernement, fournissant même des indications sur l’origine et les sites de stockage de ces
armes. Selon ces partis, ces armes ne sont pas dans des camps militaires. Le gouvernement n’avait pas réagi à ces allégations.
Mais au cours d’un échange avec des journalistes, en avril, le ministre congolais de l’Action humanitaire, Charles Zacharie Bowao, avait déclaré : «Nous avons déjà touché le fond, il n’est plus
question que nous repartions à la guerre. Et le gouvernement va tout faire pour préserver la paix».
En avril, des obus ont explosé à Ouenzé, un quartier populaire de Brazzaville, mais sans faire de victimes. Le gouvernement parlait d’un «accident dû à une foudre».
«En tant qu’officier supérieur, je peux vous dire qu’un obus ne peut partir d’un point A vers un point B sans être tiré par un canon», explique Guy Romain Kinfounsia, colonel à la retraite et
président du Front uni des partis de l’opposition.
«Cela suffit pour comprendre que ça va sentir du brûler à Brazzaville», affirme Moundanga, pour qui «la paix est menacée».
Pourtant, le président Sassou Nguesso s’est toujours déclaré artisan de la paix. Grâce à lui seul, disent ses partisans, la paix est revenue au Congo. «Ces marchands d’illusions qui viennent ici
peuvent tout vous promettre, mais qu’ils ne touchent pas à la paix, qu’ils ne vous parlent pas de la paix», avait déclaré, en mai, le président aux sages d'Etoumbi (nord du pays).
La communauté internationale se dit très préoccupée par la tension préélectorale à Brazzaville. «Nous attendons l’organisation de cette élection dans la sécurité, la paix et le calme surtout»,
indique à IPS, Michel Tilmans, ambassadeur de Belgique au Congo, lors d'une réunion d’évaluation du processus électoral avec le gouvernement, le 9 juin dans la capitale.
Dans les années 1990, le Congo a connu une série de guerres civiles dues essentiellement à la contestation des votes. «Quand on fait l’histoire des guerres dans notre pays depuis 15 ans, tout est
lié, soit à la contestation des résultats, soit à l’organisation du processus électoral. C’est l’intolérance politique», souligne Bouka Owoko à IPS. (FIN/2009)
par Arsène Séverin
Source IPS
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